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Tsunami du 26 décembre 2004


L'enfer du Tsunami 2004 Ban Nam Kem Thaïlande

L'enfer du Tsunami 2004 Ban Nam Kem Thaïlande

Carnets de route du Rotary Club Pattaya Marina dans la région de Khao Lak du 27 au 30 janvier 2005

Jeudi 27 janvier 2005

Nous roulons en direction de l’aéroport d’U-Tapao et durant tout le trajet, nous échangerons peu de mots. L’appréhension et la crainte, peut-être, de ne pas satisfaire à la mission qui nous a été confiée, la curiosité et l’inquiétude de savoir ce que nous allons découvrir au nord de Khao Lak.
Nicolas Demet, le Président en exercice du Rotary Pattaya Marina, m’a demandé de partir à la rencontre des sinistrés du sud de la Thailande afin d’apprécier les besoins les plus urgents que nous pourrons satisfaire grâce à notre formidable collecte, qui nous a permis en un peu plus d’un mois de rassembler, une somme qui n’est que provisoire, de 1 000 000 de Baht.

Je me suis adjoint pour m’ épauler dans ma tâche, du soutien d’un ami, Alain Juno, artiste-peintre et photographe professionnel, qui sera directement chargé des prises de vue. Il est important pour moi, de ramener le maximum de preuves visuelles sur la réalité de la situation afin de convaincre les membres du club, sur l’orientation à donner à notre donation. Le plus difficile sera de choisir un lieu, un village où je devrai concentrer mon attention et devoir prendre la responsabilité, de lui réserver la totalité des fonds récoltés. Je sais que le temps nous est compté, et que se disperser en divers sites, me conduirait inévitablement à devoir faire un choix cornélien.

Une troisième personne nous accompagne durant ce voyage, Daniel Corrodi, un généreux donateur, qui a tenu à se rendre compte par lui-même, de l’utilisation que nous ferons de l’argent confié.

 Tsunami Ban Nam Ken 2004 Thaïlande   L'enfer du Tsunami 2004 Ban Nam Kem Thaïlande
L'enfer du Tsunami 2004 Ban Nam Kem Thaïlande

Notre vol se déroulera sans problème et nous atterrirons à 14h00, heure prévue, avec une remarquable ponctualité. A notre descente d’avion, nous serons attendus par une jeune femme, répondant au nom de Sao, qui sera notre guide pour la journée et nous emmènera, dans la province la plus touchée par le Tsunami, Khao Lak. Sao travaille dans un cabinet d’avocats à Phuket où elle exerce comme secrétaire. Je l’ai connu par l’intermédiaire d’un ami, commerçant à Patong beach. Elle est une des grandes victimes de cette tragédie, puisqu’elle y a perdu sa mère, son oncle, sa tante et ses cousins. Toute sa famille est originaire du village de pêcheurs de Ban Nam Kem, entre Bang Sak et Takua Pa. C’est dans ce lieu qu’elle nous conduira en premier.

Assis confortablement dans un 4x4 de location, nous conversons avec Sao, sur les évènements exceptionnels qui ont meurtri le pays tout entier. Je sers de traducteur à mes deux compagnons, qui ne connaissent que quelques rudiments de la langue thaïe et dont l’accent différent du sud, rend la compréhension de la jeune femme encore plus difficile./p>

Si je n’étais pas en Thaïlande depuis tant d’années, je serais surpris de la sérénité, du calme et de l’enjouement de notre guide. Comment une personne qui a vu sa famille décimée, peut-elle être aussi à l’aise avec trois inconnus, un mois seulement après la catastrophe?

Ce que nous prenons quelquefois pour de l’indifférence ou de l’inconscience, n’est en fait que leur formidable faculté à contrôler leurs sentiments ou leurs émotions. L’héritage d’une culture bouddhiste, empreinte de fatalisme et d’acceptation.

Après plus d’une heure de route, nous arrivons sur les hauteurs de Khao Lak, où un camp de volontaires étrangers a été installé en urgence, pour apporter un soutien physique et moral à la population. Que d’abnégation chez ces anonymes, qui n’hésitent pas à faire des milliers de kilomètres, pour porter secours aux malheureuses victimes. Parvenu sur le haut de la colline, nous reconnaissons facilement le lieu, duquel un cinéaste amateur, à réaliser une vidéo terrifiante, qui fera le tour de toutes les télés du monde. L’immense vague meurtrière, de plus de 10m de hauteur, a déferlé ici, sur plusieurs dizaines de kilomètres, dévastant resorts et villages. Pour nous rendre compte des dégâts, nous commençons notre descente, vers la plage de Khao Lak, et une vision ahurissante s’offre à nous. Plus un seul bâtiment n’est entier, ils ont tous été éventrés par la force inouïe de l’océan déchaîné.

Des amas inextricables de béton, ferrailles et de bois, complètement enchevêtrés et mélangés à une boue épaisse et rougie par l’oxydation des métaux, gisent encore au milieu des carcasses d’hôtels et de restaurants. J’ai du mal à imaginer les scènes de panique et de terreur qu’ont pu vivre les touristes et les habitants. Au vu de la dévastation, les chances de survie, pour ceux pris dans le déferlement du raz-de-marée, étaient vraiment minimes. La vision de ce carnage inspire Alain, qui va mitrailler tout azimut, pour témoigner de la furie des éléments. Daniel quand à lui, reste muet et doit vivre intensément ce qu’il est en train de voir. Sao me parle à voix basse comme pour mieux respecter, ce moment unique d’étonnement, de tristesse et de compassion qui nous envahit. Elle m’indique que ce que nous découvrons, a été déjà considérablement nettoyé et que les traces du martyr vécu par les autochtones, ont pratiquement disparu. Il est vrai, qu’il y a en activité des dizaines de gros engins de chantier, grues et bulldozers, qui s’emploient à ratisser le site. Elle me demande alors qu’elle va être notre réaction, lorsque nous verrons son village, car me prévient-elle, le pire est à venir. Que peux-il y avoir de plus horrible, de plus impressionnant que la situation déjà rencontrée ? Me voilà impatient d’arriver à Ban Nam Kem. Après avoir roulé encore une quarantaine de kilomètres et traversé des routes de désolation totale, nous arrivons enfin à une intersection qui va nous mener au village de Sao.

Sur le bord d’un chemin, des militaires sont affairés à monter des tentes ainsi que des baraquements provisoires pour les sinistrés qui ont tout perdu. Le nombre peu important des casemates de secours, me laisse penser que beaucoup de maisons ont du résister à la force destructrice de l’eau. Ban Nam Kem est un village de pêcheurs de plus de 1650 habitations dont, contrairement à certains villages de Thaïlande, la majorité des constructions est en dur. Plus de cinq mille personnes y vivent principalement de l’artisanat de la pêche, de petits commerces de proximité et bien sûr du tourisme, car un contingent important de ces habitants, travaillent comme employés dans les resorts environnants.Deux kilomètres plus loin environ, nous parvenons au détour d’un virage, à un immense terrain vague de plusieurs milliers de mètres carrés.

Quelques palmiers se dressent dans l’horizon du soleil et leur ombre est projetée sur un vaste étang à moitié vidé de son eau. J’interroge Sao en lui demandant où se trouve le village et quelle direction je dois prendre. Sa seule réponse est un lourd silence. Je vois ses yeux s’embuer de larmes, je comprends alors que nous sommes arrivés à destination.

Tsunami2004 Ban Nam Ken Thaïlande  Tsunami 2004 Ban Nam Kem Thaïlande

Devant nous, se dressent l’Apocalypse, une vision dantesque de fin du monde. Plus rien ne subsiste, tout a disparu, été désintégré, broyé, annihilé. Impossible d’imaginer qu’il y avait ici une ville de 5000 habitants. Pire qu’un bombardement de plusieurs escadrilles mais sans aucun doute, l’équivalent du souffle d’une bombe atomique, qui aurait rasé au millimètre près, la moindre parcelle de béton.

Nous avançons doucement, comme pour mieux nous imprégner de la densité d’une telle tragédie. Aucun de nous, ne peut croire encore que la force des éléments peut-être aussi dévastatrice. J’ai tout à coup une peine immense, pour tout ces villageois que nous voyons, pour certains, errer au travers des vestiges, à la recherche hypothétique de matériels ou d’équipements qui pourraient encore être sauvés.

D’autres s’obstinent à essayer de retrouver les corps des disparus. Plus de mille personnes n’ont pas réapparu, mille deux cents ont déjà été incinérées. C’est pratiquement la moitié de la population du village qui a péri ce matin du 26 décembre 2005.

Sur 1650 maisons, une quarantaine plus au nord de la commune, semblent avoir résister aux assauts des vagues assassines, grâce au fait de leur situation, en léger surplomb par rapport au niveau de la mer. Mais des dégâts importants, demanderont beaucoup de réparations et d’efforts. La vie ici, n’est pas prête de reprendre ses droits. Sao avait raison, le pire était bien devant nous.

Au fur et à mesure, que nous nous rapprochons de la plage, une foule compacte se forme, avertie par Sao de notre arrivée. Tous ces gens, à la vue de farangs (étrangers pour les thaïs), se remplissent forcément d’espoir, car ce lieu pour nous reste inhabituel. Ils pensent que nous ne pouvons leur apporter que de bonnes choses, surtout dans un tel contexte. A cette réflexion, j’ai tout à coup furieusement envie de faire demi-tour. Et si notre club décidait de ne pas aider ce village ? Comment pourrais-je ensuite le leur dire ? Moi, qui dans quelques instants, vais m’entretenir avec eux, pour connaître leurs besoins immédiats et vais ainsi m’engager moralement, rien que par le fait de ma présence.

J’essaye d’évacuer toutes ces mauvaises pensées et je me gare à proximité du rassemblement des villageois. Alain bondit très rapidement de la voiture, équipé de son boîtier et de sa caméra. Il ne cessera à compter de ce moment, d’immortaliser des scènes, où chacun de nous sera acteur. Nous en tirerons des clichés merveilleux qui constitueront de sérieux arguments pour la décision à prendre communément. En descendant de la voiture, accompagné par Sao, je suis tout de suite entouré par une armée de survivants, guettant avec attention, ce qui va lui être dit ou proposé. A ce moment précis, je me sens fier d’avoir passé de si longues heures à étudier la langue thaïlandaise.

Je repense à tous ceux qui me disaient perdre mon temps. C’est pour moi, une récompense que de pouvoir m’exprimer avec ces gens et de les comprendre, pour leur expliquer notre action et la mission qui m’a été confiée.

Tsunamu 2004 Ban Nam Kem Thailande  Tsunami 2004 Ban Nam Kem Thaïlande

Certains semblent incrédules et sceptiques, voire suspicieux, d’autres se gonflent d’espoir et rêvent déjà de retrouver leur emploi grâce à l’aide que nous leurs apporterons.

Ma discussion avec eux et particulièrement avec les pêcheurs, durera pratiquement deux heures. Je serais mis au courant des besoins les plus urgents.

A aucun moment, ils ne quémanderont ou réclameront, leur seul objectif, recommencer à travailler. Il y a une belle dignité dans leur réaction mais aussi de la résignation.

Avant le tsunami, le village comptait 200 petits bâteaux de pêches et une centaine de chalutiers. Aujourd’hui, il ne reste que 4 bateaux de pêches dont un seul utilisable et seulement cinq chalutiers dont deux utilisables. A l’écoute de leurs attentes, j’ai la conviction qu’il faut axer notre aide sur l’achat d’équipements pour remettre les bateaux à flots.

Il nous est possible de réarmer, réparer ou acheter, plusieurs bateaux avec l’argent dont nous disposons et ainsi de faire redémarrer leur activité. Je ne m’engage pas mais je leurs promets de faire tout mon possible pour persuader mes collègues de satisfaire à leurs requêtes.

J’ai maintenant, l’intime conviction que j’ai bien choisi ma cible et que je n’ai nul besoin d’aller trouver un autre site. Par la suite, un petit groupe de femmes de pêcheurs se joindront à nous et nous serons les témoins de récits bouleversants de mères qui ont perdu leurs enfants, sous leurs yeux, emportés par la déferlante gigantesque. Personne ne peut rester insensible à de telles détresses, et il me faudra me retenir pour ne pas verser quelques larmes face à tant de désespoir. Alain et Daniel, à qui je traduirais ces histoires chargées d’émotions, seront animés des mêmes sentiments.

Il est déjà près de 17h30 et il va falloir quitter nos amis. Je leur promets de revenir le lendemain avec cette fois-ci, le soutien de notre futur président, Pierre-Yves Eraud, qui arrive le 28 au matin de Bangkok. L’incrédulité se lit sur le visage de certains qui ne voient dans ce déploiement de mots et de gesticulation que des promesses illusoires. Mes pensées me reviennent, je prie pour ne pas les décevoir.

Alain prend les dernières photos pendant que Daniel, d’une grande générosité, va distribuer des billets de 100 bahts à foison aux enfants qui se pressent autour de lui. Rapidement démuni, il n’hésite pas à remettre cette fois-ci des coupures de 1000 bahts, au grand étonnement des thaïlandais, qui ne se rappellent plus avoir rencontré depuis longtemps, un congénère aussi prodigue et désintéressé. Ils se mettent à crier à l’unisson “farang jaidi, farang jaidi” ( l’étranger a bon cœur). Pour sortir du village, nous choisissons de le traverser dans le sens inverse de notre arrivée. Nous constaterons que tout n’est que désolation et ruines.

Tsunami 2004 Ban Nam Kem Thaïlande  Tsunami 2004 Ban Nam Kem Thaïlande

Nous verrons un chalutier éventré, posé contre une maison, à un kilomètre de la mer. Des enfants courrons après la voiture, pour nous saluer et nous remercier. Une fois encore, Daniel me demandera de ralentir afin de leur donner les derniers billets restant au fond de sa poche. J’en profiterais, une dernière fois pour me retourner et contempler ce paysage lunaire, où l’inimaginable, l’inacceptable, l’indescriptible, s’est produit un lendemain de Noël.

Vendredi 28 janvier 2005

En allumant la télé ce matin, un journaliste donne le dernier bilan connu des victimes de Thaïlande. Il annonce 5 800 morts et  4 000 disparus. Je reste perplexe sur un tel chiffre, sachant qu’il existe au nord de Khao Lak, des dizaines de villages comme Ban Nam Kem. Quels intérêts pourraient avoir les autorités thaïlandaises à cacher l’ampleur de la catastrophe ? Le doute s’installe et les thaïs eux-mêmes affirment que le gouvernement tient à minimiser le terrible bilan pour deux raisons, la première , avoir à régler moins d’indemnités à la population dont chacun doit prouver la disparition de ses proches ainsi que le patrimoine dont ils disposaient, la seconde rassurer les touristes en leur démontrant d’une part, que les victimes sont beaucoup moins nombreuses que dans les autres pays, justifiant ainsi la capacité de réaction des officiels, en cas d’urgence et d’autre part leur aptitude à reconstruire  avec une célérité  et un sérieux, que nous voulons bien lui reconnaître. Les bénéfices issus du tourisme sont immenses en Thaïlande et les milliers d’annulations de séjour enregistrées dans de nombreux pays dans le monde, doivent être endiguées le plus rapidement possible. La bonne santé de l’économie du pays en dépend tout particulièrement. En prenant la direction de l’aéroport pour aller chercher notre futur président Pierre-Yves Eraud, il me revient à l’esprit tous les évènements de hier qui ont pour une grande partie, hanté ma nuit et m’ont privé d’un juste sommeil réparateur.

C’est donc avec une certaine fatigue, que je me fais un devoir de conduire Pierre-Yves sur ce lieu de détresse et de dévastation. Alain nous accompagne une nouvelle fois pour assurer le reportage photographique d’une journée, qui je l’espère sera mémorable pour notre club. Je tiens au courant Pierre-Yves de ce que nous allons rencontrer et je tente de le persuader que ce village correspond exactement à la cible que nous sommes venus chercher. Je n’ai pas besoin d’user de trop d’arguments, nous semblons nous rejoindre sur bien des points et lorsque j’exprime, d’une fougue fort impétueuse certaines de mes idées, faisant fi de toutes les règles rotariennes que je ne maîtrise pas, Pierre-Yves avec une grande sagesse, sait me reprendre de façon très diplomate et tempérer mes élans combatifs.

Nous repassons pour la deuxième fois , en deux jours, sur la route qui traverse Khao Lak. Rien n’a changé depuis hier, et Pierre-Yves prend toute la mesure du désastre, manifestant comme nous, son étonnement et son affliction. Il est bien qu’il est fait le déplacement car il sera prochainement le meneur de notre club et il est nécessaire à un chef d’être sur le front, au-devant des urgences.

Sa présence me rassure également car elle pourra venir entériner, le rapport que je donnerai de ma mission. Nous nous arrêtons à Bangsak afin de nous désaltérer. Discutant avec la jeune femme qui est derrière la caisse, elle m’apprend que la vague tueuse est passée tout près de son échoppe. Elle a du son salut à une énorme maison qui jouxtée à son commerce, l’a épargnée d’un sort inéluctable. Mais son récit miraculeux s’assombrit brusquement, lorsqu’elle rajoute qu’elle a perdu sa petite fille de quatre ans, avalée et engloutie dans les eaux boueuses en furie, alors qu’elle jouait à quelques mètres du magasin. Nous avisons à ce moment-là une immense compassion pour son malheur et je me pose la question de savoir encore combien de fois, jusqu’à demain, je vais devoir supporter d’entendre de tels témoignages. Que la nature parfois est sévère avec les habitants de la planète, qui il est vrai, bien des fois, ils ne respectent pas.

Un peu plus loin, nous faisons une deuxième halte à BangsakTaptawan, tout près du village précédent. Nous remarquons un drapeau allemand flotter sur des  cabanes sur pilotis provisoires. Des volontaires originaires d’Allemagne sont venus prêter mains fortes, aux populations sinistrées pour reconstruire leur village. Une nouvelle fois, une belle action de générosité qui démontre cette magnifique chaîne de solidarité qui s’est mise en place à travers le monde. Notre attention est attirée par un petit étal, sur lequel de jeunes enfants ont exposé des produits artisanaux entièrement réalisés à la main. En fait, elles ont récupéré des troncs d’arbres arrachés, les ont coupés comme des tranches de pain et ont dessiné dessus l’histoire relatant leur tragédie. Nous sommes touchés par tant de savoir-faire et d’ingéniosité. Nous ne pouvons résister à leur acheter certains objets qui sont à prix libres. Pierre-Yves et moi-même sortons un billet de cinq cent bahts de la poche et ramenons un souvenir, que je destinerai personnellement au Président de notre club, Nicolas Demet.

A nouveau nous repartons, en direction de notre destination, Ban Nam Kem, où nous avons fixé un rendez-vous avec le maire du village, pour faire un point sur les réels besoins de ses administrés ou du moins ce qu’il en reste.

Lorsque nous parvenons à l’entrée de la commune, la réaction de Pierre-Yves, qui voit pour la première fois, les ravages du raz-de-marée, est sidérante. Il n’arrive pas à articuler un seul mot à la vue d’un tel désastre. Il finit par retrouver sa voix et nous avoue, n’avoir jamais eu à se trouver face à un tel chaos durant toute sa vie.

Tsunami 2004 Ban Nam Kem Thaïlande  Tsunami 2004 Ban Nam Kem Thaïlande

Nous nous dirigeons vers notre lieu de rencontre avec l’édile et les représentants des pêcheurs qui doivent être impatients de nous rencontrer. Nous traversons cette fois-ci le village par l’autre côté et nous ne croiserons que des vestiges d’une vie passée, écrabouillée, anéantie par la cause d’un séisme cataclysmique.

Arrivés devant ce qui sert de bâtiment officiel, une modeste maison de pêcheur sans portes ni fenêtres et éventrée sur sa façade avant, par les coups de boutoir d’une mer criminelle, nous sommes reçus par une petite délégation moins nombreuse et moins animée d’espérance que celle de la veille. Après les présentations d’usages, nous nous asseyons autour d’une table et commençons à discuter directement de leurs besoins, en fonction bien sûr, de ce que nous pouvons leur offrir. Le chef du village a dressé un inventaire précis des équipements en y adjoignant, le prix approximatif pour chaque référence. Pierre-Yves, ayant désormais totalement appréhender la situation, prend la parole pour acquiescer les demandes très modestes de ces hommes qui semblent douter de nos intentions, mais qui se résignent à nous faire confiance.

Je donne mon impression à Pierre-Yves sur le bien-fondé de leurs requêtes et il décidera à ce moment-là, que l’aide à ces gens, sera une priorité dans notre opération de secours à le région de Phuket. Je suis satisfait de la célérité de sa perception. Il a ressenti le besoin urgent de leur apporter une aide sans délais, sans tergiversations ou polémiques inutiles.

Lorsque nous sortons de l’édifice en ruine, nous sommes assaillis une fois de plus, comme hier, par des villageois pressés de raconter leur terrible histoire.

La plus poignante et la plus tragique, sera celle de cette femme qui sortit le 26 au matin pour aller faire le plein d’essence de sa mobylette, et laissa ses deux enfants, son mari ainsi que sa mère, momentanément, croyait-elle. Lorsqu’elle revint au village, trente minutes plus tard, celui-ci avait disparu, il ne subsistait absolument rien. Elle ne pouvait même plus situér sa maison qui avait été avalée dans les flots démesurés. Emmenée par une amie, se réfugier dans un temple, elle vivra un instant de douleur effroyable, ne sachant lequel des membres de sa famille avait survécu. Lorsque la mer se retirera, elle partira à la recherche des êtres chers qu’elle ne retrouvera pas. Encore aujourd’hui, cette jeune femme ne peut faire le deuil des siens car aucun corps n’a été retrouvé.

Secouée par des sanglots ininterrompus, elle nous indique le lieu où sa maison a été détruite et où elle a posé tout près d’un piquet qui délimite sa propriété, les peluches et jouets de ses enfants, dans l’espoir peut-être qu’ils réapparaissent et viennent les chercher. Elle nous montre une photo, représentant une belle famille dont le destin injuste, a brisé les liens qui l’unissaient.

Elle reste désormais seule au monde et me demande pourquoi la vague n’est pas arrivée, une heure plus tôt. Pierre-Yves et moi-même, sommes à ce moment-là, bouleversés et avons du mal à retenir nos larmes. L’émotion devenant trop forte, je propose à Pierre-Yves de rentrer, ainsi pourrons-nous atteindre Phuket, cette fois-ci avant la nuit. Il me semble que nous avons bien rempli notre mission et que l’ensemble des membres de notre club en sera fier. Peu importe les personnes qui sont venues sur place, aujourd’hui nous avons été choisis, demain, d’autres nous remplaceront.

A peine sommes-nous installés dans la voiture, prêts à saluer nos amis, à qui cette fois-ci, nous donnons l’espoir de revenir très rapidement, qu’un nouveau groupe de personnes, humblement, viennent se présenter à nous, avec à la main une liste de besoins et matériels dont ils espèrent que nous puissions leur offrir la totalité. Pierre-Yves me demande de prendre toutes les demandes et de leurs dire que tout sera mis en œuvre pour tenter de rendre possible, une partie de leurs espoirs. Alain ne ratera pas cet instant touchant et le gardera en mémoire dans son boîtier numérique. Lorsque nous sortirons du village, laissant derrière nous tristesse et misère, je parcourrai quelques unes de ces lettres et par leur côté naïf  mais aussi empreintes de certitude, elles me rappelleront, celles que j’adressai au Père Noël lorsque j’étais enfant.

Tsunami 2004 Ban Nam Kem Thaïlande

Durant notre retour, nous partagerons le même avis, tous les trois, sur la nécessité d’intervenir au plus vite. Je m’emploierai dès demain à aller à Phuket-Town pour faire des demandes de  devis sur  les équipements de bateaux. Pierre-Yves se propose de m’accompagner, j’accepte volontiers et nous nous donnons rendez-vous pour le petit déjeuner. J’accélère sans que mes deux compagnons ne s’en rendent compte car la fatigue me gagne et je crains de ne pouvoir continuer à conduire en toute sécurité.

Samedi 29 janvier 2005

Nous partons pour Phuket-Town  vers 11h00. La journée devrait être moins contraignante car nous avons déjà les coordonnées des équipementiers, réunies par la gentillesse de la réceptionniste. Nous allons donc directement aux adresses indiquées et après seulement deux heures de recherches fructueuses, nous obtenons toutes les informations nécessaires pour comparer les prix. Nous nous rendons à l’évidence de la similitude des tarifs proposés par les revendeurs et estimés par les pêcheurs.

Pierre-Yves, à qui j’ai indiqué qu’ il y avait un magasin  équivalent à la sortie du village de Ban Nam Kem, me propose de prendre contact avec eux afin de vérifier la concordance des prix. Effectivement, après avoir téléphoné, je constate qu’il n’y a qu’une différence minime. Compte-tenu des frais de transport et des délais occasionnés, la meilleure solution semble de passer la commande directement à Ban Nam Kem. De plus, les pêcheurs pourront bénéficier d’un service après-vente sur place.

Ce fait nous semble entendu, il ne nous reste plus qu’à convaincre nos collègues du bien-fondé de nos propositions. Demain, nous rentrerons sur Pattaya, avec un dossier sérieux, appuyés par des photos que nous espérerons concluantes. Mais nous garderons pour toujours en mémoire, le souvenir de cette rencontre exceptionnelle avec les survivants du plus important raz-de-marée de l’histoire de la Thaïlande. Et ce sera avec un plaisir énorme, que nous reviendrons pour leur remettre, ce dont ils ont droit, ce dont ils méritent et qui ne représentera qu’une très modeste compensation, des milles souffrances dont ils ont été les victimes. N’oublions jamais que la générosité est une question de cœur et non de moyens.

Philippe MEUNIER, membre du Rotary Club Pattaya Marina.

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